La (prise de) parole comme événement

Mais le mot? Je veux dire le mince événement qui s'est produit en un point du temps et en nul autre. Michel Foucault, Dits et Ecrits.

De l'infinie diversité des mots, de l'infinité diversité des comportements, des faits, des écrits et des événements, l'histoire fait ordre. Alors les mots disparaissent pour qu'en même temps s'éloigne le désordre des particularités, s'évanouisse le murmure assourdissant et chaotique de tout ce qui peut être dit. Arlette Farge, Des lieux pour l'histoire.

L'histoire est un effort de structuration, d'ordination et de solidification des temps vécus et de leurs significations pour les communautés humaines. En nous concentrant sur les paroles telles qu'elles s'exercent dans un contexte quotidien, nous nous engageons en faveur d'une histoire mineure et granuleuse. Non mises en scène, restituées telles qu'elles se sont déployées, les paroles viennent fracturer la linéarité disciplinée de l'événement historique. Pour nous, l'événement est la parole.

Il y va bien de la prise de parole comme enjeu de représentation politique, et de l'écoute comme valeur politique. Car le projet entend également participer d'une réflexion sur les conditions de l'appartenance à ce que l'on appelle ordinairement « l'histoire ». Une réflexion sur les critères d'inclusion à cette histoire telle qu'elle s'écrit et se transmet comprend nécessairement une réflexion sur ses critères et procédures d'exclusion. Ce sont plus particulièrement ces procédures exclusives et leurs conséquences politiques et historiques que nous entendons contrecarrer. Rendant compte d'une réalité bruxelloise mixte, plurilingue, multiethnique et cosmopolite, le projet a d'emblée porté une attention particulière aux minorités et/ou publics fragilisés, insuffisamment audibles sur la scène de la parole.

 

Brussel behoort ons toe