La radicalité du son

Les récits et témoignages sont exclusivement collectés de manière sonore. Les motivations sous-tendant ce choix sont de trois ordres :

  • Il y va tout d'abord d'une fidélité à une singularité, la voix, et à ses modalités d'expression. L'exercice de la parole, pour tout quotidien comme tout stratégique qu'il est, est un exercice toujours singulier. Toute parole contient ses propres marqueurs culturels, anthropologiques, sociologiques : des ratés, des inachevés, des hésitations, des accents, des silences que la transcription ne rend généralement pas. Et quand elle en rend compte, elle manque encore la chair vivante du flux signifiant que la parole porte. S'intéresser à la parole des gens, c'est non seulement s'intéresser à ce qui est dit (ou n'est pas dit) mais également aux manières qu'ont le dit ou le non-dit de se dire (ou de ne pas se dire) ;
  • Il y va ensuite d'une volonté et d'une tentative de compléter un corpus documentaire très largement dominé par l'écrit et l'image. Le medium sonore permet de rendre compte d'une réalité infra-visible en ce sens qu'il se tient au plus près de ce qui s'exprime. On sait que, historiquement, les « classes écrivantes » ne sont pas les « classes parlantes ». Populaires, lourdement frappées du sceau de l'impensé, ces dernières ont, à mesure que se solidifiait le concept d' « histoire universelle », progressivement été reléguées dans le sous-terrain de la narration historique. Depuis, la sociologie démontre à souhait que les voix ayant droit de cité sont les voix émanant de sujets maîtrisant leur image. Dans ce contexte, oeuvrer à la collecte et à l'archivage de paroles n'est pas tout à fait étranger à la volonté de narrer une histoire autre, une histoire qui prendrait en compte les voix de ceux et celles qui, peut-être, ne remplissent aucune condition requise par la « prise de parole publique ou historique »;
  • Dans notre effort d'archivage sonore de la vie bruxelloise, nous nous intéressons donc particulièrement (bien que non exclusivement) aux voix étant non ou insuffisamment représentées sur la scène audible de la ville. Il y va bien d'un engagement : donner davantage de visibilité à l'invisibilisé, d'audibilité à l'inaudibilisé. La discrétion du média sonore nous offre en effet de pouvoir nous tenir au plus près du sujet.

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